1ère ascension du BULARUNG SAR 7200m, situé dans la région du Karakoram au Pakistan, sous la direction d'Alain VAUCHER.

De gauche à droite : Jaques Aymon, Heinz Hügli, Carol Milz, J-Jaques Sauvin, Christian Meillard, Gérard Vouga, Thierry Bionda, Vincent von Kaenel, Lothar Matter. Manque sur la photo Alain Vaucher.

L'expédition de 1980 au Sisne Himal et celle de 1985 3 I'Ohmi Kangri se sont toutes deux déroulées au Népal.
Pour l'expédition de 1990 nous voulions gravir un sommet dans un autre pays, mais toujours dans la chaîne de l'Himalaya, pour être en accord avec une des conditions de la Fondation Kurz qui est de découvrir et d'explorer le massif de l'Himalaya.

En Chine et au Tibet se cachent encore de nombreux sommets vierges, mais en 1990 la situation politique, les conditions financières pour obtenir l'autorisation de gravir un sommet et le passage obligé par Pékin nous ont fait renoncer à réaliser un projet en Chine ou au Tibet.

Du point de vue financier, le Bhoutan est un véritable tiroir-caisse. Pays magnifique, certainement encore de beaux sommets 3 gravir, mais de telles conditions financières, sans garantie même d'accès au pied de la montagne à cause de tracasseries administratives, nous ont vite dissuade d'investir dans une aventure économiquement périlleuse.
Autre contrée au nom prestigieux, le Karakoram a tout de suite aussi retenu notre attention et c'est au Pakistan que nous avons cherché une perle rare, c'est à dire un sommet vierge de plus de 7000 m, qui présente une belle ligne d'ascension sans trop de dangers d'avalanches et de séracs et relevé d'un défi technique dans les capacités de l'équipe d'alpinistes sélectionnés.

Apres de nombreuses et longues recherches bibliographiques pour trouver des descriptions et des photos de régions peu explorées, nous avons porte notre choix sur le Bularung Sar, tout au nord du Pakistan, entre les vallées de Hispar et de Shimsal, proche de la région de Hunza et du chef lieu Gilgit, pays des centenaires et des abricots secs, qui paraît-il seraient à I'origine de notre fameuse recette du Dr. Bircher, le Birchermüesli !

Qu'avons-nous découvert sur place au détour d'un sentier ? Une face sud haute de 3000 m avec une dorsale sous forme de pilier dans le socle de la face et qui ensuite s'étire vers les sommet sous forme d'arête neigeuse.

Voila le problème pose, il (suffisait) durant cinq à six semaines de le résoudre.

En installant quatre camps d'altitude et en fixant les quelques kilomètres de cordes fixes nécessaires aux nombreux va et vient indispensables aux ravitaillements des camps, toute l'équipe a pu poser le pied sur le sommet du Bularung Sar.

Si la plaquette rédigée après l'expédition relate très en détails tous les efforts et péripéties des préparatifs et de l'ascension, elle ne peut pas répondre aux questions que j'ai posées aux membres de l'expédition, onze ans après avoir vécu cette fantastique aventure:

Avec le recul, quel est votre meilleur souvenir et que vous reste-t-il de cette expédition ?

Carole Maeder-Milz:
Mon meilleur souvenir (évidemment):
Quelle joie de danser au sommet avec mes compagnons de cordée et de partager ce moment de bonheur intense par radio avec le reste de l'équipe au camp de base. . . Moment tant attendu, au terme de 6 heures d 'effort sur l'arête sommitale, presque 2 mois après avoir quitte la Suisse, et après une interminable nuit dans la «  loge royale » du camp 4 (plutôt un minuscule trou dans la neige au-dessus de l'abîme, en y repensant aujourd'hui !). . .

Avec le recul:
En relisant (avec beaucoup de plaisir) mon journal d'expédition, je me suis remémorée quelques problèmes rencontres, qu'ils soient logistiques, gastro-intestinaux, météorologiques ou relationnels... Mais tout cela était oublie depuis longtemps. Ce qui reste, c'est une expérience extraordinaire, le souvenir d'une région grandiose, d'un sommet superbe et difficile et d'un succès obtenu grâce au travail de toute une équipe.

Heinz Hugli:
Voici ma petite contribution souvenir sur le Bularung Sar:
Dans le souvenir de l'expé domine le goût pour la découverte. Une première ascension, c'est d'abord l'inconnu. Puis, la photo de la montagne suscite l'envie et laisse alors libre cours à l'imaginaire pour y tracer des voies d'ascension.
Réaliser une voie vers le sommet au fil des jours et des 3000 mètres d'ascension est alors une heureuse entreprise. Dix ans après, il reste surtout la connivence des dix amie et amis lances dans cette découverte.

Jean-Jacques Sauvain:
Evénement qui m 'a le plus marque:
Je pourrais dire que tout m'a marque, car quand je pense à cette expé, j'ai des souvenirs très clairs durant toute la période allant  de la préparation de cette aventure jusqu'au retour en Suisse. Un moment particulièrement fort a été la découverte au détour d'un lacet, en montée sur une moraine, du Bularung. C'est une superbe montagne très blanche dans un ciel bleu... A cette vision, s'y ajoute aussi l'odeur des crottes d'âne !
Souvenir après une dizaine d'années: Un succès sportif d'équipe avec d'autres choses plus personnelles; la solidarité mais aussi le repli parfois, la fatigue, la lutte avec soi-même et le bonheur de voir les saisons qui passent au camp de base. Cela m'a appris beaucoup sur moi

Vincent von Kaenel:
Résumer l'expé au Bularung en quelques phrases n'est pas vraiment facile ! L'événement qui m 'a le plus marque est certainement la première vue directe du Bularung le tong de la marche d'approche. Je me souviens avoir vu une grande face apparemment verticale et plâtrée de neige fraîche ! Une autre chose qui m'avait frappe à l'époque (et peut-être toujours maintenant) est le village d'Hispar et ses habitants. Une pyramide des âges bien différente de celle de la Suisse: beaucoup d'enfants, une poignée d'habitants en âge d'avoir une famille et seulement quelques grands-parents ! J'avais l'impression que ce village vivait encore à l'âge du fer ! Il me reste beau-coup de chose de cette expérience. Nous avons crée et/ou consolidé des liens d’amitiés. Ce n'était que 3 mois en 1990, mais il y a des années dont j'ai moins de souvenir

Lothar Matter:
Ten years have passed - and i still live with my memories therefore my best memories give me the conviction. Its good to have dreams, but it's better to make them become true. That's what stays in my memory and that no one can take away from me anymore. I have slides that I look at sometimes with friends, but they are only a glance of what the reality in Pakistan was. I have friends here and there, with whome i have shared a great expirience and therefore they remain friends even though time doesn't allow many contacts often.

Alain Vaucher:
Un moment d'émotion:
Une poignée de main avec Lothar lorsque je l'ai quitté à la sortie du glacier du Kunyang pour ensuite effectuer seul la marche de retour et rentrer en Suisse pour des raisons professionnelles.

Avec le recul:
Sortir des livres relatant les exploits des himalayistes des années 50 et réaliser ses rêves et devenir ainsi l'acteur de ses propres aventures, au-delà de l'exploit sportif et de la conquête d'un sommet.

Alain Vaucher