couloir du grand gendarme
Le Cervin
Nicolas
Nicolas et John
Dent d'Hérens
L'arête sud
La Dent Blanche, ou l’ode au respect…

30 et 31 juillet 2011-

Nous étions quatre à partir en direction du Val d’Hérens. Cette Dent Blanche, sommet tant convoité par certains d’entre nous depuis quelques années déjà, impose à elle seule le respect, tant pas son allure massive que pour les chemins détournés et sinueux qui y mènent sur lequels nombre de montagnards d’ici et d’ailleurs y ont connu diverses fortunes …

Après un voyage sans histoire jusqu’à Ferpècle, nous la voyons magestueuse, trônant sur la vallée et ne semblant pas forcément vouloir nous inviter à parcourir ses arêtes. Qu’importe ! Déterminés, nous commençons à marcher…La guérite de Bricola en ligne de mire et en guise de carotte nous guide. Ce lieu, chargé d’histoire, est le lien entre la vallée et l’arrière pays des alpages d’altitude. Notre chef d’un week-end, Yann, l’aurait vite vu transformée en une brasserie de campagne avec toutes ses variantes de brassins colorés, aux senteurs d’herbes folles et de génépi…Holà ! nous ne sommes pas encore sur le chemin du retour…un peu de sérieux ! La cadence est régulière, la météo favorable (ni trop, ni trop peu…), on grimpe à 2600, 2800, puis à 3000 m….et voilà, herbes fraîchement gelées et dernières pierres passées, les dalles de gneiss (où la semelle croche bien) puis la neige, plutôt de printemps bien que d’été ….pour rejoindre la cabane. C’est sous un ciel couvert que nous arrivons à la Cabane Rossier but de notre première étape, à la respectueuse altitude de 3505 m…Après les saluts d’usage dans une ambiance très « cosy », le souper est servi. Agrémenté d’une fameuse Perdrix Blanche neuchâteloise (pléonasme , ndlr), il nous donne l’envie d’aller tâter du matelas…Dehors, le temps change…neige, vent, pluie, c’est vrai , le 1er août n’est plus loin. Apprenant que 2 alpinistes allemands ne sont pas rentrés aujourd’hui, c’est non sans une petite tension respectueuse de l’inconnue du lendemain que nous partons en quête des bras de Morphée…Si les 2 allemands arriveront à la cabane à 01h30, Morphée ne se fait guère accueillante, John mon voisin m’offre sa main garnie d’une montre acier sur la figure en guise de coussin…oh doux réveil…
Après les remue-ménages habituels des levés en cabane, chacun des 20 pensionnaires ayant (espérons) trouver (ou retrouver) ses souliers, prend le sentier de l’arête…Le ciel est dégagé, seule la voûte céleste semble nous protéger. Chacun marche dans un silence respectueux de ce moment magique, encore peut-être un peu accroché aux nimbes du soir d’avant, à l’exception d’un voisin d’outre-jura qui tente à force d’irrespectueux éclats et écarts de langage, d’ inculquer à son pauvre père désemparé les rudiments montagnards des grandes ascensions alpines… La neige est dure, les crampons crochent ou sonnent sur le rocher nu et froid, le rythme de marche est à la fois calme et respectable…Le jour se lève, il est 6 h lorsque nous attaquons l’arête rocheuse proprement dite. Rocher stable, bonnes prises, gaz respectable…L’ascension de ce mythique 4000 est pour nous un profond plaisir. Quelques gendarmes, parfois gravis, parfois respectueusement contournés nous mènent sur l’arête sommitale et enneigée…encore quelques pas et nous voici à la croix, il est 9h. Magnifique panorama sur 360 ° de tous ces sommets qui nous sont si chers. Echange de félicitations, sourires et soulagements, nous y sommes….et notre cordée française à continuer de donner dans le juron et l’insulte….nous en repartons aussitôt, émerveillés du spectacle grandiose qui s’offre à nous sous un soleil radieux, mais aussi à la patience émoussée de ce manque total d’égard et de respect de la paix montagnarde. C’est avec une grande concentration que nous revenons sur nos pas. Le rocher est maintenant chaud et sec, la neige de l’arête, se ramolit la descente se fait sans histoire, nécessitant quelques manips de corde intéressantes afin de respecter l’horaire prévu. Si la vue et l’ambiance sont toujours aussi saisissantes, le silence est toujours périodiquement brisé des cris exaspérés de nos collègues français…Même si les terriens ont souvent les nerfs solides, le vigneron de l’équipe n’y tient plus. De 2 relais plus bas et d’une voix de stentor il incendie l’inconvenu d’une raisonnante chasse verbale de remise à l’ordre qui, si elle en surprit plus d’un dans la paroi, eut le mérite de ramener le calme et la sérénité sur l’arête ensoleillée…et c’est 4 h plus tard que nous arrivons de nouveau à la cabane pour récupérer quelques effets personnels et la bouteille vide. Respectons la nature, le verre même bu et vide laisse des traces !…700 m plus bas, toujours dans le respect de nos montagnes et afin de ne pas les dépouiller de leur moelle-susbstance, nous nous déchargeons d’un premier lot d’odeurs montagnardes en nous baignant tous les 4 dans un petit lac glaciaire (à l’eau glacée !) vers 2800 m. Par respect de la jeunesse fragile et pour préserver l’intimité de chacun, aucune prise de vue compromettante n’a scellé ces moments de bien-être commun et apprécié…Depuis notre baignoire (4°C) nous faisons un clin d’œil à La Dent qui venait de nous laisser fouler son échine … Une fois séchés et ravigorés c’est de nouveau à cadence respectable que nous traversons pierriers et pâturages rencontrant quelques moutons en liberté. Malgré une grande prudence face à ces quadrupèdes laineux, c’est enrichis de quelques guéguèles solidement ancrées dans la vibram que nous ramenons tout de même à la maison quelques souvenirs fleurant bon le pâturage. Sur le chemin de la voiture, la buvette de Ferpècle nous tend les chaises (et la bière…) Après nous avoir servi quelques rafraîchissements d’usage, la patronne, d’une autre époque, à reconnu les « étrangers » que nous étions….Mmmh ..à l’accent…des Franches-Montagnes ou de l’Ajoie ?…Meuh non Madame, des bords du lac de Neuchâtel lui répondit-on…Alors d’Auvernier ! fit-elle d’un ton vainqueur…

Moralité : A Ferpècle soit , qui sait boire le peut.

Merci à nous 4 pour ce 4000 envié ! Yann, Nicolas, John et JiDéPé
Jean-Denis Perrochet
 
Jean-Denis dans l'arête
J-D sur l'arête sommitale
les 4 z'Amis